LOI ISLAMOPHOBES GENERALISE EN EUROPE

Publié le par cortex-info.over-blog.com

La guerre contre la burqa

La législation sur les voiles islamiques est au centre des débats politiques de plusieurs Etats européens. Kayvan Farzaneh, de la revue Foreign Policy,revient sur cinq cas emblématiques.

 Alors que la population musulmane des pays européens ne cesse d'augmenter, les vêtements islamiques, en particulier la très controversée burqa, sont devenus l'objet de virulents débats. De la Belgique, fer de lance d'un mouvement pour une interdiction totale, à la Turquie, dont la laïcité a inspiré les nouvelles politiques anti-voile intégral qui fleurissent en Occident, voici un tour d'horizon des cinq pays où le débat politique est le plus houleux.

FRANCE

La loi

Mars 2004, la France adopte un texte qui interdit le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Un dispositif qui fait polémique, car il est largement interprété comme visant clairement le voile islamique. Plus récemment, l'UMP a fait pression pour faire interdire la burqa (vêtement qui recouvre l'ensemble du corps et du visage de la femme, avec seulement une grille de coton au niveau des yeux) et du niqab (variante de la burqa; le voile est doté d'une ouverture qui laisse paraître les yeux) dans tous les lieux publics. Le 11 mai, le Parlement a voté en faveur d'une résolution de principe qui juge le voile intégral contraire aux valeurs républicaines.

Le débat

La France compte la plus grande communauté musulmane d'Europe (6%, soit 4 millions de Français). Cette proposition d'interdiction du port de la burqa a soulevé des questions délicates touchant à la fameuse «identité nationale» et à la place de la religion dans la société. En juin 2009, Sarkozy a affirmé: «La burqa n'est pas la bienvenue en France» . Depuis, il martèle que ce vêtement est un instrument qui prive la femme de sa dignité.

Une commission d'enquête parlementaire a préconisé une interdiction partielle dans des espaces tels que les hôpitaux ou les transports en commun. Cherchant à faire retomber la polémique autour de cette initiative législative, Jean-François Copé, le chef de file des députés UMP, a expliqué la semaine dernière, que cette interdiction repose sur des questions de sécurité: «la visibilité du visage est une condition indispensable au vivre ensemble et un gage de sécurité» (sic), et non de discrimination religieuse.

En début d'année, le Premier ministre François Fillon avait demandé au Conseil d'Etat, un organe purement consultatif qui assiste le gouvernement dans la préparation des projets de loi, de s'exprimer sur la constitutionalité d'une interdiction totale du port de la burqa et du niqab.

Ses conclusions: une telle loi serait «exposée à de fortes incertitudes constitutionnelles et conventionnelles» et pourrait être contestée par le Conseil constitutionnel. Le Conseil d'Etat estime, cependant, qu'une interdiction partielle des vêtements recouvrant le visage pourrait être indiquée si elle se limite à certains lieux particulièrement dangereux. (Un projet de loi similaire est déjà en cours de préparation en Italie, où une femme a récemment écopé d'une amende de 500 euros pour avoir porté un voile intégral en public.)

Qu'importe l'avis défavorable du Conseil d'Etat, Jean-François Copé a affirmé que le gouvernement irait de l'avant pour interdire complètement la burqa en France. Hier, le gouvernement a présenté son projet de loi en Conseil des ministres.

 

BELGIQUE

La loi

La Belgique a fait de grandes avancées en ce qui concerne l'interdiction du voile intégral. Le 29 avril, la chambre basse du Parlement a adopté un projet de loi interdisant la burqa et le niqab. Ce texte doit être examiné par la chambre haute du Parlement belge dans les mois à venir. Les organisations de défense des droits de l'homme, au premier rang desquelles Amnesty International, ont fermement condamné ce projet de loi, qui prévoit des amendes de 15 à 20 euros ou des peines de prison allant d'un à sept jours.

Le débat

Si l'interdiction passe, la Belgique sera le premier pays européen à rendre complètement illégal le voile intégral. Bien qu'il y ait plus de 600.000 musulmans en Belgique, les législateurs estiment que seules 300 à 400 femmes portent la burqa. Aussi, les détracteurs de ce texte font valoir que le problème de fond est l'islamophobie, dans un pays où la communauté musulmane grandit.

Entre-temps, le chef de groupe du Mouvement réformateur (libéral), Daniel Bacquelaine, a affirmé sur National Public Radio : «Interdire un voile qui recouvre le visage, c'est donner [aux femmes musulmanes] plus de liberté. Je suis fier que la Belgique soit le premier pays à faire cela.»

John Dalhuisen, expert en matière de discrimination religieuse à Amnesty International, contre-attaque: «l'initiative belge concernant l'interdiction du port du voile intégral, la première en Europe, constituerait un dangereux précédent. Quand on entame les droits de l'homme, il faut que ce soit proportionnel à une finalité légitime. Or ce ne serait pas le cas d'une interdiction du voile intégral.»

 

ALLEMAGNE

La loi

La moitié des 16 États fédérés d'Allemagne ont promulgué des lois interdisant le port de vêtements et de signes religieux, y compris la burqa et le hijab, dans les écoles. (Cinq Etats ont toutefois fait des exceptions pour des symboles chrétiens.) Sur tout le territoire allemand, les femmes n'ont pas le droit de conduire habillées en burqa, prétendument pour des raisons de sécurité...

Le débat

Ce mois-ci, l'eurodéputée Silvana Koch-Mehrin, a appelé à une interdiction générale du voile intégral dans toute l'Europe. Selon elle, «La burqa constitue une très grave attaque contre les droits des femmes, c'est une prison mobile».

Dans ce contexte législatif en Belgique et en France, et pour répliquer à la déclaration de la députée européenne, des leaders musulmans allemands, tels qu'Aiman Mazyek, secrétaire général du Conseil central des musulmans d'Allemagne, ont exprimé la désapprobation de la communauté musulmane face à une loi de cet acabit dans leur pays. «Ce débat n'a aucun sens. Son seul effet sera de creuser le fossé qui sépare les musulmans et les non-musulmans.» Des responsables politiques allemands, comme le ministre de l'Intérieur Thomas de Maiziere, abondent dans ce sens, estimant qu'une interdiction du voile intégral est «inappropriée et, par conséquent, inutile».

 

PAYS-BAS

La loi

Geert Wilders, le fondateur et leader du Parti pour la liberté notoirement défavorable à l'immigration, a dirigé le mouvement anti-burqa et anti-voile islamique. En 2006, il a présenté devant le Parlement néerlandais un projet de loi visant à interdire ces vêtements. Mais les inquiétudes des ministres quant à une possible violation des lois sur la liberté religieuse, conjuguées à des changements de personnel au sein du gouvernement, ont empêché ce projet d'aboutir en loi.

Le débat

Ces dernières années, en raison des préoccupations liées aux atteintes à liberté de religion et à la stigmatisation des musulmans de plus en plus nombreux aux Pays-Bas, les législateurs néerlandais ont été particulièrement réticents à adopter une interdiction de la burqa.

Pourtant, selon un sondage réalisé en février 2007, 66% des Néerlandais seraient favorables à l'interdiction du voile intégral. En 2008, Geert Wilders est revenu à la charge avec un projet de loi interdisant le port de la burqa dans les espaces publics - sans succès. Un fort mouvement d'opposition attaché à la liberté de religion s'est élevé contre sa nouvelle tentative.

Le Parti pour la liberté (droite) ayant gagné les élections locales, et des élections législatives anticipées étant programmées pour juin, ce parti remportera sans doute des sièges supplémentaires au Parlement. A l'automne dernier, Wilders a proposé de mettre en place une «taxe sur le voile» islamique de 1.000 euros, qu'il a surnommée «head-rag tax» («taxe sur les chiffons portés sur la tête»).

 

TURQUIE

La loi

La Turquie est un pays officiellement laïc. Après la modernisation du pays opérée par Mustafa Kemal Atatürk en 1923, le port du voile a presque disparu. Dans les années 60, on voyait extrêmement peu de femmes voilées dans les grandes villes turques. Cependant, un regain de dévotion a inversé cette tendance dans les années 70.

Aujourd'hui, en Turquie, le voile - quelle que soit sa forme - est interdit dans les universités et les bâtiments publics. Cette interdiction a été appliquée après le coup d'Etat militaire de 1980, après quoi des dispositions supplémentaires ont été ajoutées (1997). En novembre 2005, la Cour européenne des droits de l'homme a rejeté les contestations qui ont suivi l'interdiction du foulard islamique dans les universités de Turquie; elle l'a approuvée, établissant par là même un précédent juridique pour les efforts législatifs actuels en Europe.

Le débat

Plus récemment, l'élection de partis relativement portés sur la religion, tels que le Parti pour la justice et le développement ou AKP du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, a entraîné une certaine souplesse quant à l'application de l'interdiction du port du voile.

Chaque année, des milliers de femmes, notamment Leyla Sahin, la requérante qui a saisi la Cour européenne des droits de l'homme, ont des démêlés avec la justice pour refus d'ôter leur voile.

Ces dix dernières années, les législateurs ont à plusieurs reprises tenté de lever cette interdiction, mais toutes ces tentatives sont restées vaines. Malgré l'influence croissante des partis religieux au gouvernement, il est peu probable que l'interdiction du port du voile soit annulée dans un avenir proche.

Les chefs militaires de la Turquie se posent en gardiens de la laïcité et continuent de dénoncer avec virulence l'intrusion de la religion dans l'espace public.

Kayvan Farzaneh

Traduit par Micha Cziffra

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